“2 French 2 Dirty – A flücklich Odyssey” Part. 1

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“2 French 2 Dirty – A flücklich Odyssey”, un récit musico-fécal, une expérience vécue et racontée par les auteurs.

“2 French 2 Dirty – A flücklich Odyssey” Part. 2

“2 French 2 Dirty – A flücklich Odyssey” Part. 3

“2 French 2 Dirty – A flücklich Odyssey” Part. 4

Début juin 2008. Nous venons de prendre une décision qui risque – nous le savons – de vite nous coûter très chère. C’est décidé, on y retourne. La précédente session avait pourtant été suffisamment éprouvante. Néanmoins, quelque chose en nous nous forçait à renouveler l’expérience, à relever un nouveau challenge, et nous ne pouvions nous dérober. Il nous restait donc un peu plus d’un mois pour nous préparer à 4 jours dans l’enfer teuton du 23ème Summerjam de Cologne, festival reggae n°1 en Europe et lieu de rassemblement de tous les beatniks et rasta-hippies les plus motivés du continent.

Si au-delà du plaisir de passer 3 jours à profiter du spectacle musical nous voyons cet évènement comme un défi lancé à Dame Nature, c’est que les conditions ne sont pas réunies pour passer ce qu’on appellerait « un bon moment ». Le Summerjam, plus qu’une affiche de qualité, c’est aussi plusieurs milliers de personnes qui cohabitent l’espace d’un instant autour du Fühlinger See, à Köln en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Nordrhein-Westfalen en VO). Une multitude de tentes tissées autour du lac, et quelques déficiences niveau confort : un sol pas toujours adapté à l’établissement d’un campement, une absence quasi-totale de douches, des points d’eau potable très rares, des toilettes mobiles d’une propreté toute relative et une proximité immédiate avec des gens étranges, qui bizarrement semblent souvent très à leur aise dans ces conditions. Le tout avec en fond sonore presque permanent la douceur de la langue de Goethe. Dur.

De l’an dernier, on gardait un goût amer de n’avoir pas pu profiter pleinement de l’évènement, à cause de quelques défauts d’organisation. Aveuglés par l’affiche exceptionnelle de 2007 (Horace Andy, Sizzla, Anthony B, Gentleman, The Roots, Israel Vibration, Uwe Banton et bien d’autres), on s’était lancés un peu à l’aventure. Résultat, une arrivée le vendredi matin et la découverte d’un campement déjà bien rempli, 45 minutes de marche pour rejoindre chaque jour les scènes (2h pour trouver le Green Stage le premier jour), des vivres en quantité limitée (2 boîtes de pépitos de marque Winny pour encore 2 jours de festival), de la pluie et une amitié mise à mal par le stress engendré par le fait de ne pouvoir se soulager pendant 3 jours et demi, tellement nous redoutions d’entrer dans les horribles machines à caca. Le jeudi 3 juillet 2008 donc, dans le train de la DB Bahn qui nous mène jusqu’à Cologne, nous n’en menons pas large, et Crying Cacaman a déjà les yeux humides en pensant à ce qui l’attend. On a toutefois retenu les erreurs de l’année passée et nous partons un jour plus tôt dans l’espoir de trouver une meilleure place, avec sur notre dos un paquetage rempli de produits de subsistance.

Lorsque nous arrivons en terre allemande en fin d’après-midi – oh surprise, il fait tout gris – nous nous lançons à la recherche du bus qui nous mènera au Fühlinger See, sans pouvoir nous rappeler de l’itinéraire emprunté l’année précédente. Niveau caca tout va bien, nous avons pris nos précautions avant le départ, Crying Cacaman a même suivi un régime spécial qui devrait lui permettre d’aborder la compétition en toute sérénité. Après quelques minutes de réflexion, nous sommes abordés par un autochtone qui, nous voyant chargés comme des mulets, nous demande dans un anglais hésitant si nous nous rendons au Summerjam. Après notre réponse il nous indique : « Ok, follow me, I drive the bus ». Le coup de chance ! A cet instant, on ignore surtout que notre nouvel ami a quelques soucis concernant les langues étrangères et qu’il ne conduit pas le bus mais se trouve seulement dans le même cas que nous. Sur le chemin qui nous mène au métro, nous apprenons tout de même que le bonhomme s’appelle Stefan, qu’il est joueur de ping pong, qu’il vient de Nürmberg et qu’il a vécu plusieurs années à Köln. Il est venu ici tout seul dans l’espoir de retrouver sa belle qui vient juste de lui briser le cœur. Si l’habit ne fait pas le moine, on aurait quand même pu se douter qu’il n’avait rien d’un chauffeur de bus, avec sa chemise déchirée et ses deux tresses façon queue-de-rat à l’arrière du crâne. Enfin tant pis, nous le suivons et au bout d’une heure ou deux de tâtonnement nous arrivons sur les lieux du festival, et nous pouvons nous lancer à la recherche d’une place libre pour établir un campement.

Demie surprise, même en étant venus un jour plus tôt les bords du lac sont bondés, et il nous faudra marcher plusieurs dizaines de minutes pour trouver une place, d’autant plus que ce n’est plus deux tentes mais trois que nous avons, puisque notre camarade se joint à nous. Au final, on s’en tire plutôt pas mal, car si le terrain est toujours en pente on se trouve à seulement une dizaine de minutes à pied des scènes, que nous pouvons même apercevoir de là où nous nous trouvons. Maintenant installés, on peut passer à la détente, et nous faisons connaissance autour d’une bière locale de nos voisins suédois avec qui nous devisons des problèmes français en langues étrangères (d’après eux, on est nuls en langue à cause des films étrangers qu’on nous diffuse en version doublée). Stefan a sorti son étendard et le moral est au beau fixe malgré la grisaille. Une amie doit venir le rejoindre dès demain matin et il consulte dès que possible son téléphone.

A cet instant, nous pouvons nous rendre compte des progrès accomplis en une année et des bienfaits tirés d’une organisation plus rigoureuse. Si l’année passée nous avions erré comme deux âmes en peine pendant 3 jours sans le moindre contact avec l’extérieur, cette 23ème édition démarre sous de meilleurs auspices. De quoi être plus optimistes quant à notre lutte avec notre « moi » intérieur dans les jours à venir. C’est donc remplis de confiance que nous nous endormons en ce jeudi 3 juillet, fermement décidés à en découdre…

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