“2 French 2 Dirty – A flücklich Odyssey”, un récit musico-fécal, une expérience vécue et racontée par les auteurs.
“2 French 2 Dirty – A flücklich Odyssey” Part. 1
“2 French 2 Dirty – A flücklich Odyssey” Part. 2
“2 French 2 Dirty – A flücklich Odyssey” Part. 3
Dimanche 6 juillet 2008, dernier jour de festival. Le réveil au petit matin se fait dans la difficulté, après la grosse journée du samedi. Seul réveillé, je ressens une envie pressante me forçant à emprunter le même chemin que mon collègue la veille. Je me dirige donc à mon tour vers les cages un peu plus bas, et Dieu merci je bénéficie de conditions bien plus agréables, avec le soleil qui illumine un ciel bleu d’azur sans le moindre nuage. Sur mon chemin, je croise des beatniks qui forcément n’ont pas pu résister à l’envie de se baigner dans le lac, et ce même si le fond n’est plus visible au-dessus de 30 cm d’eau. Lorsque je m’approche des toilettes mobiles, c’est une scène inédite qui s’offre à moi. Je suis arrivé juste au moment où un camion commence à s’occuper de la vidange, chose dont j’aurais du me douter étant donnée l’odeur qui me chatouillait les narines depuis plusieurs minutes déjà. A cet instant, je ne parviens pas à savoir si je suis horrifié ou fasciné par ces effluves pestilentielles, et c’est avec la curiosité du voyeur pervers et malsain que je reste figé à contempler le spectacle qui m’est offert. Après quelques minutes, lorsque le camion hydrocureur en a enfin terminé, j’adresse un regard plein de respect à ses occupants, qui semblent comprendre ce que j’ai en tête et m’en remercient. Entré dans ma cabine, je dompte une nouvelle fois la nature avec brio et je peux alors m’en retourner à notre campement, machoire sérrée, buste droit et regard fier en croisant les autres habitants du bidonville improvisé. Crying Cacaman s’est à son tour levé, et le temps de lui faire part de mon aventure, c’est comme les jours précédents que nous faisons le point sur la journée à venir autour d’un café devant le snack voisin.
Aujourd’hui se partageront – entre autres – la scène de ce 23ème Summerjam le légendaire Ken Boothe, les rappeurs suédois de Looptroop, les français virevoltants Dub Incorporation, la chanteuse “Reggae’n'b” Etana, puis les confirmés Cocoa Tea et Luciano, avant un final en compagnie de Stephen Marley, fils de. Mais avec encore quelques heures devant nous, la principale question du moment est plutôt de savoir si notre compagnon d’infortune est bien rentré de son escapade nocturne. Malgré tous nos efforts, nous ne parvenons pas à distinguer sa présence dans sa tente et nous décidons d’attendre encore un peu son éventuel réveil avant de prévenir les secours. Bien nous en a pris puisque quelques instants plus tard nous découvrons la mine fatiguée de Stefan pointer à l’avant de sa tente. D’après ses explications il est rentré au petit matin au campement, après avoir patienté une grande partie de la nuit en boîte. De notre côté, on se demande quelle boîte en France laisserait entrer un spécimen de l’allure de Stefan, qui plus est ne s’étant pas lavé depuis plusieurs jours. Remis de sa désillusion suite au faux-bond de sa désormais ex-Verlobte, il aborde ses dernières heures de festival non sans une certaine mélancolie, puisqu’il nous quittera dès le début de l’après-midi.
Après un rapide repas et les préparatifs d’usage nous pouvons nous rendre en direction des scènes vers 14h. A peine arrivés, il va déjà être l’heure pour Stefan de partir, tandis que Crying Cacaman et moi nous séparons pour suivre un premier concert chacun de son côté. Mon camarade a préféré voir le groupe de rap Looptroop et son leader “emblématique” Promoe. Pour ma part, j’aurais bien aimé apprécier le talent du beatmaker du groupe, Embee (auteur en 2004 de l’excellent album “Tellings from Solitaria” et très adroit avec une balle de ping-pong), mais vu ce qui suit sur l’autre scène, je resterai devant le Red Stage.
Notre ami teuton reste un instant en ma compagnie avant de faire ses adieux et je me prépare seul à suivre un des artistes que j’attends le plus dans cette édition, Ken Boothe. Malgré les problèmes de communication, on peut dire que ce cher Stefan aura égayé notre séjour à Köln, et il nous restera un paquet d’anecdotes à raconter à notre retour (dont une bonne partie que nous ne pourrons malheureusement dévoiler ici sous peine de tomber dans l’illégalité). Néanmoins, le Summerjam laisse peu de place à la mélancolie et quand Mr Rocksteady fait son entrée sur scène, plus rien ne compte. La suite est un enchaînement de titres mythiques, et Ken Boothe n’a rien perdu de son immense voix. “Everything I own“, “Artibella“, “Come tomorrow” ou encore “Speak softly love” (bon désolé pour la vidéo, j’ai pas trouvé d’autre version sur Youtube…), tout y passe et le public en redemande. A l’issue de ce mémorable concert, je dois changer de scène pour retrouver mon camarade et j’arrive juste à temps pour la suite, les représentants tricolores Dub Inc. Les Français se sont d’ailleurs rassemblés en masse devant la scène verte, des drapeaux bleu-blanc-rouge sont même de sortie. Autour de nous l’ambiance est au beau fixe, en témoigne ce mec qui titube entre la foule avec au moins une bonne quinzaine de verres de bière vides empilés qu’il conserve comme trophée. Sur scène, il faut reconnaître que les frenchies savent mettre l’ambiance et leur réputation n’y est plus à faire. Une excellente prestation du groupe de Saint-Etienne, qui a récemment sorti un nouvel album studio, “Afrikya”.
La suite se déroule sur le Red Stage et il s’agit déjà de la dernière ligne droite du festival. A cet instant, il n’est plus question de caca, nous avons déjà bien assuré notre prestation lors des jours précédents et la fin du séjour s’annonce comme une formalité. Pour économiser nos forces jusqu’aux derniers instants, c’est couchés dans l’herbe sous le soleil que nous allons suivre les prestations successives de Cocoa Tea, Etana et Luciano. Cocoa Tea démarre et délivre un set solide, il est à noter qu’il aurait aussi pu être directeur de campagne de Barack Obama vue la réaction qu’entraîne son récent hit sur le public européen. Une chose est sûre, les voix des 28 citoyens américains présents à Cologne risquent de peser lourds dans le décompte final du scrutin américain. Dans un style très différent, Etana prend le relais sans interruption pour seulement quelques chansons, qui nous donnent néanmoins un bon aperçu des talents vocaux de la demoiselle. Luciano – présent en France quelques semaines plus tôt – assure sa prestation sans faille ni surprise, et c’est toujours un bon moment de passé.
Enfin, pour clore cette journée et par la même occasion le festival, c’est à Stephen Marley que les organisateurs ont confié les clés du Summerjam sur la scène rouge. S’il a depuis longtemps démontré son talent aux côtés de son frère Damian “Junior Gong” ou en solo, c’est en grande partie à des reprises de papa que nous avons droit. Dans l’allure ou dans la voix, il faut d’ailleurs reconnaître que l’illusion est presque parfaite lorsque Stephen est sur scène avec sa guitare. Le festival se clot sur “One love” et les visages se tournent vers le traditionnel feu d’artifice qui illumine le ciel allemand. Pour nous, ce spectacle pyrotechnique vient en quelque sorte récompenser notre belle prestation, et c’est les yeux humides et pleins d’étoiles que nous profitons de ces derniers instants de plaisir, non sans une certaine fierté.
Le retour au camp se fera dans une certaine euphorie, même si nous savons que le voyage du retour s’annonce pénible. A notre retour nous découvrons une place vide entre nos deux tentes, Stefan ayant plié bagages, et on y voit maintenant beaucoup plus clair autour du Fühlinger See même si le grand nettoyage ne se fera que demain matin. C’est sans perdre trop de temps que nous allons nous coucher, pressés de revoir notre bonne vieille France. Le lendemain matin, nous sommes obligés de nous y remettre à plusieurs fois pour plier nos tentes Quechua 2 Seconds (pour installer, pas pour ranger…), et c’est en forçant un peu le passage que nous prenons place dans une navette qui doit nous emmener jusqu’au métro. Cette fois-ci même sans interprète le retour sera plus facile, il suffit juste de suivre la foule. Un détour au McDo de la gare et nous sommes prêts pour embarquer dans le train qui nous mènera à destination. Si les trains allemands sont relativement peu confortables, les 4 jours passés dans des conditions extrêmes nous donnent maintenant l’impression d’être placés en 1ère classe d’un vol long courrier. C’est donc avec plaisir que nous pouvons nous reposer sur les sièges de la DB Bahn, même si Crying Cacaman doit composer avec la grosse Bertha qui a choisi de s’installer à ses côtés malgré le nombre de places disponibles dans le wagon. Une fois arrivés à bon port, une dernière étape nous attend chacun de notre côté : affronter les regards désapprobateurs des passants qui accompagnent le retour au bercail. Croiser des têtes connues quand on ne s’est pas lavé pendant près de 5 jours est toujours quelque chose de douloureux. Malgré tout, à l’heure du bilan, nous pouvons nous targuer d’avoir une nouvelle fois triomphé des conditions difficiles et seul le soulagement prédomine. Rien n’était gagné d’avance mais nous avons relevé le défi avec brio. Une seule question se pose maintenant, comment augmenter le niveau l’année prochaine ? Pour le challenge, on se fera une semaine de chili et flageolets avant de venir.
DTC la nature, see you next year.
Mots-clefs : Caca, De Gaulle, Discours, Looptroop, Marley, Musique, Reggae, Reportage, Summerjam
